Fiche Lecture : La ville où les morts dansent toute leur vie

La ville où les morts dansent toute leur vie – Pierre Pelot
« Sur la route de l’impossible »

Ecrivain à la cadence d’écriture quasi-industrielle, Pierre Pelot est l’auteur de pas moins de 200 ouvrages dont majoritairement des romans de science-fiction ou noirs et des westerns. Si aucun « best-seller’ n’orne sa bibliographie, il a toutefois le mérite de maîtriser son récit avec brio, comme c’est le cas dans « la ville où les morts dansent toute leur vie ».

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Déboulant dans nos librairies en 2013, le roman de Pierre Pelot nous plonge dans une Europe dévastée par on ne sait quelle catastrophe nucléaire. On y découvre Roque Grange, un dessinateur solitaire et un peu abrupt qui se voit confier la garde Léonore, une jeune schizophrène qui serait, selon toute vraisemblance sa fille. Si lui semble tourmenté par certains évènements de sa vie passée, il se concentre sur son travail et reste à l’écart du monde dévasté et destructeur qu’est l’extérieur.

Elle, elle est belle, jeune et possède un corps de femme superbe mais est également un mélange de candeur et de provocation sensuelle pour Grange. Elle apparait un peu dérangée, évoque des personnages du nom de Pas-Robert ou de Sylvestre, elle leur parle, elle semble à la fois dénuée de toute gêne et extrêmement timide… Dans son attitude lunaire elle est tour à tour curieuse et terrifiée d’un rien. Mais toujours, toujours, elle parle de l’Est. De cet Est mystérieux où elle a besoin de retourner…  Commence alors un voyage improbable vers l’Est dévasté par la guerre, un lieu qui semble à présent hors du temps et de l’emprise des hommes, un lieu où seul la violence et la désolation semblent régner…

Autant le dire tout de suite, le scénario, bien qu’accrocheur, est plutôt convenu et ne brille pas par son originalité. Mais il peut se targuer d’éviter les clichés et de nous offrir un univers et des personnages d’une crédibilité à toute épreuve ! Grange et sa supposée fille sont des personnages troublants et touchants, qui brillent plus par leurs faiblesses respectives que par leurs forces. Ce qui fait donc la puissance du roman, c’est l’ambiance : nul besoin de rentrer dans le monde que nous propose Pelot, il est tellement vrai et palpable qu’on en fait presque déjà partie.
Il y foisonne de nombreux personnages très durs et charismatiques, mais c’est aussi cette atmosphère détrempée et poussiéreuse à la fois qui crée ce climat de réalité brute… bien que ce monde soit strictement fictif.
La prose de Pelot, ni trop stylisée, ni vide, est efficace et colle très bien au texte, offrant des descriptions à la fois complètes et suffisamment floues pour qu’on parvienne à suivre les personnages dans leur connaissance du monde comme dans leur incertitude quant à ce qu’il est vraiment.
L’autre énorme atout du roman consiste dans sa structure, alternant les passages où l’on suit Grange avec des extraits  centrés autour de la jeune fille qui l’accompagne. Ceci contribue encore une fois à l’ambiance très particulière du texte et donne une narration particulièrement efficace et troublante à la fois. De ce fait, les passages centrés autour de Léonore nous sont servis avec la réalité altérée dans laquelle la jeune fille évolue, une réalité pleine de dangers imaginaires et d’incertitudes, des passages à la fois troublants et terriblement délectables tant l’exercice est maîtrisé !
Qui plus est, le texte est ponctué des dessins de Grange qui permettent d’illustrer certains des aspects du texte, comme le trouble que le corps de la jeune fille inflige au dessinateur… Brillant.

Ainsi, le texte ne se démarque pas par ses retournements de situation mais au contraire semble nous guider droit vers une sorte de fatalité, vers un incertain qui ne l’est peut-être pas tant que ça… Le tout dans une ambiance à mi-chemin entre le western et le film post-apo à couper le souffle !

En plus de sa narration et de la puissance de son imaginaire, Pierre Pelot a construit un roman qui donne à réfléchir : En effet, tout les éléments d’une fable onirique et envoutante sont présents… mais dans quel but ?
On pourrait interpréter le malaise de Roque envers Léonore comme celui du créateur envers son personnage, celui du parent envers son enfant… En effet, le personnage est un minerai brut qu’il faut façonner pour qu’il donne le meilleur de lui-même, qu’il faut travailler pour qu’il s’épanouisse pleinement… Comme un père le ferait avec son enfant, comme Roque le ferait avec sa supposée fille… Mais quoi qu’il arrive, le personnage de roman comme l’enfant finira par évoluer de manière propre et on en perdra le « contrôle »… Inéluctablement, il deviendra une entité à part entière sur laquelle le créateur ou le géniteur n’aura pas nécessairement d’influence.
C’est certainement ce malaise que ressent Roque à l’égard de la jeune schizophrène qu’il conduit vers l’Est, c’est aussi le malaise que tout auteur peut ressentir vis-à-vis de son personnage : « Où est-ce que je t’emmène ? Qu’est-ce que tu vas devenir ? »
Si les réponses à ces questions ne sont pas évidentes, Roque, lui, est persuadé que la ville où les morts dansent toute leur vie est la direction à suivre… Encore faudrait-il savoir ce que cache vraiment cette destination à l’aura mystérieuse et crépusculaire…
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